
Briser les repères pour repousser toujours plus loin les limites de l’exploration artistique.
Espace inversé, renversé. Regard singulier, désarticulé. Le photographe Laurent Dejente bouscule les conventions des images imposées par les sphères médiatiques et publicitaires. Mettre notre regard en alerte en nous incitant à regarder différemment et ne plus laisser le flot continu nous aspirer dans sa logique assourdissante. Détournement d’espace. Mouvements suspendus, lévitation des corps, apesanteur des émotions. Ici une jeune femme à demi immergée dans des flots artificiels, là un homme ancré dans le bitume. Laurent Dejente décline la géographie du vide, à l’infini de ses clichés. Ses vertiges bouleversent l’ordre du monde pour souligner plus justement ses désordres. Un regard incrédule qui s’interroge sur la place et le rôle de l’homme. Prendre de la hauteur pour se rapprocher du public. Le saxophoniste Lionel Martin vit une résidence d’une semaine au sommet d’un arbre. Ce concept imaginé par les organisateurs du Rhino Jazz Festival est loin d’être insensé. En plantant ses notes dans la durée au cœur de la cité, le soliste n’est jamais allé aussi loin dans la recherche. Filmé en continu dans son lieu de vie et de travail, il se prête à une sorte de Télé réalité artistique. Un : démystifier le mythe de l’artiste. Deux : être au plus prêt des gens en improvisant à partir de thèmes proposés par le public. Lutter contre l’ennui et toucher au cœur sans hermétisme, ni élitisme. Ces deux artistes partent du sensible comme tremplin à la réflexion. Une petite leçon de choses comme on dit…
Aurélie Noailly
